Produits structurés : ce que révèle vraiment le rapport AMF-ACPR

Les produits structurés sont revenus au cœur de l’actualité patrimoniale avec la publication, en juin 2026, du rapport du Pôle commun AMF-ACPR consacré à leur distribution, leurs frais et leur performance. Les commentaires se sont multipliés aussitôt : trop chers, sous-performants, opaques. Le procès semblait déjà réglé.

Après la lecture des 24 pages du rapport, notre conclusion est différente : le problème n’est pas le produit. Le sujet, c’est le conseil.

On ne reproche pas au couteau d’être coupant

Un produit structuré est un outil. Rien de plus. Comme un ETF, une obligation, une SCPI ou une action.

Personne ne reproche à une obligation de moins performer qu’une action. Personne n’attend d’une assurance habitation vous couvre si vous avez un accident de voiture. Chacun comprend leur fonction.

Les produits structurés méritent le même raisonnement, et c’est précisément ce que le rapport AMF-ACPR invite à faire, même si la lecture qui en a été faite dit l’inverse.

Ce que dit réellement le rapport AMF-ACPR

Contrairement à ce qu’on peut lire, le rapport ne conclut pas que les produits structurés seraient de mauvais placements. Les autorités pointent surtout des insuffisances dans la distribution :

Le rapport est nettement plus sévère sur les pratiques de commercialisation que sur les produits eux-mêmes. Cette nuance change tout.

Plus de trente ans d’existence, ce n’est pas un hasard

Les produits structurés ne sont pas une innovation récente. Ils ont traversé la bulle Internet, la crise financière de 2008, la crise des dettes souveraines, la pandémie de Covid, le retour de l’inflation et la remontée des taux.

S’ils étaient intrinsèquement mauvais, ils auraient disparu depuis longtemps. Ils répondent à un besoin patrimonial identifié : tous les investisseurs ne recherchent pas la performance maximale, beaucoup cherchent avant tout à mieux maîtriser leur risque.

Produits structurés vs ETF : une comparaison mal posée

Le rapport montre qu’entre 2022 et 2024, les produits analysés ont délivré une performance inférieure d’environ 2,4 points à un investissement indiciel comparable.

Faut-il en conclure qu’ils sont mauvais ? Non, et encore non !

Comparer un produit structuré à un ETF revient à comparer deux outils conçus pour des objectifs différents.

L’ETF cherche à capter toute la hausse des marchés. Le produit structuré cherche à modifier le couple rendement/risque, quitte à renoncer à une partie du potentiel de performance en échange d’une protection conditionnelle ou d’un scénario connu dès l’origine. Ce n’est pas une faiblesse : c’est sa raison d’être.

Un produit structuré est un support asymétrique, en contrepartie d’une garantie partielle ou totale, je suis prêt qu’une partie du rendement.

Quand on explique que les structurés seraient finalement trompeur, ce serait remettre en cause le caractère propre d’un contrat.

Un patrimoine ne se construit pas avec des actifs choisis uniquement pour leur rendement potentiel, mais avec des actifs qui remplissent des fonctions différentes :

La bonne question n’est donc pas « ce produit est-il meilleur qu’un ETF ? » mais « quel rôle joue-t-il dans l’allocation globale ? »

Les frais des produits structurés : le débat est-il biaisé ?

C’est le point qui fait le plus réagir. Le rapport rappelle que certains produits présentent des coûts d’entrée pouvant dépasser 10 %. Pris isolément, le chiffre interpelle. Mais une question essentielle est rarement posée : sur quelle durée ces frais doivent-ils être analysés ?

Un coût n’a de sens qu’au regard de la durée réelle de détention. Prenons un exemple simple : un fonds actif facturé 2 % de frais de gestion par an, conservé huit ans, représente environ 16 % de frais cumulés hors effet de capitalisation. À côté, un produit structuré intégrant 8 % de coûts à l’origine mais remboursé automatiquement après deux ans, lequel a réellement coûté le plus cher ?

Et si cette étude avait été produite entre 2000 et 2020, est-ce que les résultats auraient été identiques…

La réponse n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. Le rapport indique d’ailleurs que, sur 2022-2024, les produits étudiés ont été remboursés par anticipation après une durée moyenne d’environ deux ans, alors que leur maturité théorique est généralement comprise entre huit et douze ans.

Cela ne signifie pas que les frais sont faibles. Cela signifie qu’ils doivent être analysés avec intelligence. Le vrai débat n’est pas « les frais sont-ils élevés ? » mais « quelle valeur le produit apporte-t-il pendant la période où l’investisseur le détient ? » — une structuration financière, une couverture de risque, une ingénierie, un scénario d’investissement, parfois une protection conditionnelle du capital. Comme toujours, le prix ne s’analyse pas indépendamment du service rendu.

Les produits structurés sont-ils risqués ?

Oui, comme tout placement. Le rapport rappelle plusieurs risques à ne jamais minimiser : perte en capital lorsque les conditions de protection ne sont pas réunies, risque de défaut de l’émetteur, risque de moins-value en cas de sortie avant échéance, complexité supérieure à celle de nombreux placements traditionnels.

Ces risques doivent être expliqués, compris, acceptés, et surtout adaptés au profil de l’investisseur. Le véritable risque n’est pas le produit. Le véritable risque est un produit mal expliqué.

D’ailleurs la plus grande complexité vient de l’explication de la valeur liquidative en cours de vie du produit.

Cinq idées reçues sur les produits structurés

« Les produits structurés sont trop chers. » Un coût ne s’analyse jamais indépendamment de la durée réelle de détention ni de la stratégie poursuivie.

« Ils sous-performent toujours les marchés. » Ils sous-performent généralement dans les marchés fortement haussiers, c’est la contrepartie de leur profil de risque, pas un défaut.

« Ils sont incompréhensibles. » Ils sont techniques. Un produit technique correctement expliqué devient compréhensible : la pédagogie fait partie intégrante du métier de CGP.

« C’est une mode. » Ils existent depuis plus de trente ans et ont traversé toutes les grandes crises financières. C’est ça la mode ?

« Il faut être pour ou contre. » Le métier d’un conseiller en gestion de patrimoine n’est pas de défendre une classe d’actifs. C’est de construire une allocation cohérente et diversifier.

Notre conviction chez Centre du Patrimoine

Nous ne sommes ni militants des ETF, ni militants des produits structurés. Nous sommes convaincus qu’un patrimoine se construit autour d’une allocation cohérente, où les actions, les obligations, l’immobilier et les produits structurés ont chacun leur rôle, lorsqu’ils répondent à un objectif précis et qu’ils sont adaptés au profil de l’investisseur.

Le rapport du Pôle commun AMF-ACPR rappelle une chose essentielle : plus un produit est sophistiqué, plus le niveau d’exigence du conseil doit être élevé. C’est probablement la véritable conclusion de cette étude.

Le débat ne devrait jamais opposer les produits structurés aux ETF. Il devrait opposer le bon conseil au mauvais conseil. Il n’existe pas de mauvais outils, il existe des outils mal compris, mal expliqués, et souvent mal utilisés.

Le monde est anxiogène. Le CGP, c’est l’anxiolytique.

Vous détenez des produits structurés ou vous vous interrogez sur leur place dans votre allocation ? Prenez rendez-vous avec Centre du Patrimoine pour un audit patrimonial et financier sans engagement.

Avertissement : cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les produits structurés comportent un risque de perte en capital. Avant toute décision d’investissement, un examen de votre situation personnelle est nécessaire.

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